Miroir, mon beau miroir,

dis-moi qu’on sera les plus beaux

miroir-ballon-de-footballCette conversation se tient le mardi 19 avril vers 22h39 et 47 secondes.

– JT : J’te dérange?

– MR : A ton avis ?

– JT : Bon, écoute…j’ai des mecs du Monde qui m’ont laissé un message.

– MR :

– JT : J’sais pas c’qu’ils m’veulent. Ils parlent d’un compte offshore que j’aurais au Panama via une holding suisso-irlandaise bidon.

– MR : Et c’est vrai ?

– JT : Là n’est pas la question. De toute façon, on ne fait pas des œufs en se barrant 3 jours dans les Vosges tous les ans sans casser des omelettes..

– MR : C’est l’inverse.

– JT : Quoi?

– MR : Non rien. Et donc tu m’appelles pour me dire ça…

– JT : Non, en fait, j’t’appelle parce que Laurent, il a balancé un message sur Facebook. A force d’empiler les dimanches à bosser, je crois que ses fils se barrent et qu’il se prend pour De Gaulle en Algérie. Là, il veut carrément 200 supporters pour dimanche. Manque plus que la parade de Mickey.

– MR : Hum, ça pose un problème ?

– JT : Un peu que ça pose un problème! Déjà, si tout le monde ramène ses proches, rien qu’avec Mohamed, c’est minimum une cinquantaine de personnes, et encore, j’parle des proches proches hein. Sans parler de Sandro. T’imagines des bétonneuses garées sur le parking ? Des mecs en bleu de travail avec des grosses moustaches et qui mettent des « ch » à la fin de chaque phrase, dans tous les coins ?On va dire quoi à la mairie, hein ? Qu’on nous file un terrain pour faire un salon du BTP ?

Dire que pendant ce temps-là, les joueurs de l’A.S.B., qui avaient regagné leur home sweet home après un entraînement où certains purent apprécier l’importance de savoir cadrer une frappe pour éviter de passer les 3/4 de leur temps dans le champ mitoyen, ne se doutaient pas le moins du monde de ce qui pouvait bien cogiter à ce point dans un crâne dégarni. Non, eux, soit ils étaient simplement satisfaits d’avoir maintenu leur corps en état de fonctionnement, soit ils se projetaient déjà vers leur finale de coupe du monde, leur Euro 2016 du mois d’avril.

Parmi ces derniers, on trouvait de tout : du mangeur de lasagnes dont on espère toujours que si pyramide humaine il y a après un but, il se positionne à sa base et non à son sommet, du futur marié qui a dû sentir la mort passer proche pour sauter ainsi le pas, des jeunots insouciants qui consulteront encore 478 fois leur compte Facebook avant l’heure dite, des gens du Sud à l’humour que semble apprécier tout particulièrement le Président bettingeois, sans oublier ceux qui flippent déjà à l’idée d’une assistance nombreuse et à qui il sera difficile, quatre-vingt dix minutes durant, de cacher leur technique en-dessous du niveau de la mer.

Parce que dimanche, ce dimanche, sur un terrain en souffrance, le temps suspendra son vol. Depuis la saison 2012-2013 où les bettingeois (rappelons qu’il n’existait alors qu’une seule équipe engagée) avaient (largement) composté leur billet pour la 2e division avant de rester à quai du fait d’un non respect réglementaire afférent aux équipes de jeunes, c’est tout un club qui ronge son frein. L’année passée pourtant, le vent du succès était parvenu jusqu’aux narines mais, passant à côté de leur ultime rencontre face à Valmont, ils étaient repartis penauds des vestiaires. Hasard du calendrier ou implacable destin, cette fois, dans quelques jours à peine, ce sont ces mêmes joueurs de Valmont B qui déposeront leurs affaires à Guenviller. La configuration ne sera cependant pas strictement la même: si la A bettingeoise occupe une première place qui ne doit rien à personne (à en juger par ses 12 victoires pour 1 seul match nul), malgré la mise en veille du principal adversaire qu’était la S.S.E.P. 2, l’équipe visiteuse, elle, ne peut plus espérer grand chose (occupant une 6e place), sinon se faire un malin plaisir à pourrir la fête annoncée, comme ton cousin lourdaud et ses trois neurones qui va venir te faire suer même le jour de ton mariage. Surtout, il faudra que (le téléphone sonne, désolé)…

– MR : Décidemment…

– JT : Là, on tombe dans le n’importe quoi !

– MR : T’as Cash Investigation devant ta porte ?

– JT : Déconne pas, c’est pire. Clairement, c’match de dimanche, ça devient n’importe quoi. J’ai le coach…

– MR : Bali Balou ou Pastis 51 ?

– JT : Celui qui danse sur les tables en mode crooner.

– MR : Ok. Continue.

– JT : Donc j’disais, lui, il est complètement passé du côté obscur. Pas plus tard qu’il y a 5 minutes, il m’envoie un texto en m’disant que ça fait la 11e fois de suite qu’il se tape « Blanche Fesse et les 7 mains ».

– MR : Tu veux dire « Blanche Neige et les 7 nains », je suppose…

JT : Ouais c’est ça. Quoique, pas sûr, mais bon, bref. Et tu sais pourquoi ? Juste pour le passage où la timbrée demande au miroir de lui dire qui est la plus belle du Royaume. Parce que maintenant, le pire, c’est il squatte carrément ma salle de bain, scotché face à la glace, répétant comme Rain Man : « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qu’on sera les plus beaux dimanche où j’te fracasse ». Eh! T’es toujours là? (on entend un bip, puis un second puis…)

Dimanche, donc, sans jouer d’avance la rencontre, sans se mettre une pression superflue car nocive, mais avec une humilité et sérieux, il sera question de marquer l’histoire d’une association qui en est encore aux aurores de sa vie. Il sera question de paroles mais aussi et surtout d’actes. Il sera question de grandir un peu plus sans jamais perdre de vue l’essentiel, dans les bons comme dans les moins bons moments, les premiers permettant de mieux traverser les seconds. En somme, dans le petit monde des amateurs, des footballeurs du dimanche, le plaisir simple de jouer, celui de se retrouver. En fait, celui de vivre.

By Maître Renard

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